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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 13:04

Notre volonté de renouer avec la tradition la plus initiatique de la Franc-maçonnerie traditionnelle nous a conduits à considérer que le songe biblique de l’Échelle de Jacob, thème central de la planche tracée du premier degré du Rite maçonnique « de style Émulation » illustrait, par métaphore, la survenance, dans nos vies personnelles, des événements de la Vie cosmologique, tels que la transcendance du monde d’En-Haut les adresse continument à notre perception interprétative dans le monde d’En-Bas. (Voir notre exposé préparatoire : Ici</a>)

Aussi, en accueillant ses récipiendaires dans l’espace reconstitué de la Grande Loge cosmologique, le Rite de Style Émulation leur donne à voir la place de l’Homme dans l’Univers et le rôle d’intercesseur qui est le sien.

Les trois expressions fondamentales de lam> Manifestation de la Vie cosmologique sur terre.

1- le surgissement du Réel

Les événements de la Vie cosmologique surgissent dans la Manifestation depuis la Lumière incréée (immanence cosmologique divine) sous une forme angélique, autrement dit dans une spiritualité originelle, dans un état non encore manifesté. Ils sont de ce fait encore indéterminés.

Transcendantaux, ces événements sont souverainement libres, imprévisibles et donc, souverainement justes, souverainement réels, souverainement incontestables.

Ils surgissent en puissance de manifestation,

Mais ils ne se déterminent concrètement, que si un être vivant est en situation de les faire exister en les observant, en les identifiant et en les nommant.

C’est en effet par la perception et la reconnaissance de leurs caractéristiques matérielles (formes, substances, et essences) que ces événements deviennent des réalités tangibles, des réalités perçues (matériellement).

Les événements qui surgissent de la Vie cosmologique en nos vies personnelles sont dès lors toujours inédits car ils n’ont aucune détermination à priori, même s’ils ne sont perçus par les hommes que parce qu’ils sont l’objet d’une attente particulière (d’un désir, d’un besoin) de la part de ces derniers.

Leur imprévisibilité les rend redoutables, d’autant plus que devenant réels, ils ne peuvent plus, ni être jugés, ni être niés. Le réelong> est en effet, par nature, une forme de jugement qui impose par sa présence, sa vérité absolue.

2- la fixation terrestre

Les événements de la Vie cosmologique sont perçus par les hommes, dans les dimensions sensorielles de matérialité et de temporalité terrestres qu’autorisent les capacités de perception des hommes.

Sous le regard des hommes, les réalités spirituelles venues d’En-Haut, se concrétisent, se rendent visibles, perceptibles, pour pouvoir se comparer et aussi s’intégrer en cohérence dans la vision conceptuelle globale du monde, que l’homme possède en lui comme base de référence concrète de la réalité de sa vie.

La perception par les hommes suppose en effet, en préalable à toute réception consciente des événements du monde cosmologique, la présence intérieure d’une vision référentielle du monde. Vision que l’homme considère fermement comme le monde vrai à priori.

D’où l’attachement que porte l’homme à cette conception globale du monde qui le constitue intérieurement comme une personne. Sans cette vision intérieure de référence il n’aurait plus aucun repère. L’homme n’aurait</strong> pas de « moi » et n’aurait</strong> pas de « monde » (amour, attachement)

C’est, au contact des apparitions des événements cosmologiques nouveaux (les manifestations extérieures qui surgissent dans sa vie) que cette conscience conceptuelle intérieure devient instance interrogative (un sujet qui interroge) qui scrute les correspondances possibles entre l’image conceptuelle du monde qui le structure comme sujet et les réalités nouvelles qui se montrent à lui.

La conscience conceptuelle connait alors un état d’approximation (d’aucuns parlent ici « de doute ») du fait des possibilités multiples et contradictoires d’interprétations qu’offrent ces événements nouveaux mal dégagés de l’imprécision formelle qui caractérise la manifestation spirituelle originelle. (Dans ce contexte l’espérance de la justesse de la vision conceptuelle du monde, demeure cependant)

Puis intervient l’affirmation matérielle plus précise des événements nouveaux comme réalités supérieures porteuses du verdict transcendantal de la Manifestation.

Cette réalité s’impose parce qu’elle est concrètement une présence à l’aune de laquelle, toute les conceptions intérieures du monde sont jugées.

C’est pour cette raison que la vision conceptuelle du monde doit normalement s’incliner devant le verdict de confirmation ou de remise en cause que prononcent par leur présence réelle, les réalités nouvelles (La Foi). (À noter que si elle ne s’incline pas, c’est alors que commence l’erreur de l’enfermement idéologique.)

3- La remontée spirituelle

La phase trois de la manifestation est celle de la remontée des actes de vie par lesquels les hommes expriment le ressenti qu’ils éprouvent lors de la confrontation entre conception intérieure du monde et réalité des événements du monde cosmologique. Ces actes expriment une adaptation spirituelle à la réalité de la Vie du Monde, autrement dit la sagesse, la force et la beauté, d’adaptation dont chaque homme se montre capable à travers les actes que lui inspire le contact du monde conceptuel qu’il porte en lui avec le monde réel extérieur qui s’affirme devant lui.

Cette remontée soumet ainsi la conception du monde que chacun porte en lui à la spiritualité première, suprême et indiscutable du Monde d’En-Haut, qui approuve ou amende la vision conceptuelle, en produisant ses événements à venir comme autant de sentences qui confirment ou qui infirment la justesse des réactions adaptatrices.

Ce sont les réalités venues d’En-Haut (ou sanctions spirituelles) qui décident en effet de la vérité et de la justesse de nos actes, la raison humaine et ses lois, n’étant pour leur part, qu’une vaine et orgueilleuse prétention à juger définitivement nos actes selon un ordre terrestre qui n’exprime que nos conceptions terrestres (rationalisme légal).

Quel sens initiatique donner à cette vision ?

La vision des trois expressions de la manifestation ci-dessus, proclame que la vie que vivent les hommes, malgré les efforts qu’ils déploient pour maîtriser leur avenir, est totalement dépendante de la transcendance divine.

Elle nous apprend aussi que les hommes ne reçoivent dans le monde que les éléments que la transcendance y a déposés, et ce uniquement si la vision conceptuelle du monde terrestre qu’ils portent en eux, leur permet de les voir.

Elle nous apprend ensuite, que dès lors qu’il en est ainsi, les hommes auraient tort de s’obstiner à concevoir un monde en lequel la Liberté de Dieu ne serait pas présente, puisque c’est d’Elle que dépend très précisément, notre propre liberté.

Elle nous apprend enfin que la vision cosmologique de la Franc-maçonnerie traditionnelle est à l’évidence, d’inspiration chrétienne.

Le triptyque de la perception humaine du Monde

- À l’Orient, figure le Roi Salomon, archétype du règne sur terre de la Justice spirituelle.

On rappelle que sa Royauté lui fut accordée, parce qu’il promit à Dieu de ne la consacrer qu’à la seule exaltation de la Vérité et de la Justice, telles que ces vertus sont (spirituellement) inscrites dans les manifestations de la Vie sur terre par la volonté de Dieu.

Il a la charge royale de faire régner la pure, la juste et l’innocente vitalité de la Création divine, condition indispensable au maintien de la prospérité du Royaume.

N.B. : « Terre et Roi, sont Un », est le secret du Graal, dans la légende Arthurienne, où Excalibur, représente l’épée de Justice, que seul le pur, le juste peut extraire de la pierre en laquelle elle est figée. La Justice est la vérité spirituelle du monde que les hommes ordinaires ne voient pas, car ils ne connaissent dans le monde que la dure réalité de la pierre.

Noblement couronné, tourné debout en majesté vers le jour finissant, équerre et compas en main gauche, bras gauche dirigé vers la terre, bras droit horizontal et avant-bras dressé, Salomon, de l’index de la main droite, désigne le Ciel. Le Ciel est le juge suprême de la spiritualité de nos actes.

- À l’Occident, figure le Roi Hiram de Tyr, archétype de « l’homme élevé en dignité royale » (selon une traduction de l’Hébreu, Hir-am, signifie « l’humain élevé », ou encore « celui qui élève la matérialité du monde ») par la capacité qui est la sienne d’extraire de la profondeur de la nuit, les formes spirituelles et les richesses accumulées par les travaux d’élucidation du jour et de les incorporer dans une représentation intérieure structurée et significative du monde.

Il est le gardien des potentialités utilitaires terrestres (matériaux), mais aussi de la potentialité spirituelle céleste contenue symboliquement dans ces matériaux (les outils symboliques, l'art comme langage) ; l’initiation consistant très précisément à permettre à l’homme de saisir au-delà de la potentialité utilitaire la potentialité spirituelle, pour harmoniser sa vie avec l’ordre spirituel -et pas seulement matériel- du monde.

C’est cette thésaurisation de conscience personnelle subtile constituée la nuit (hors de l’emprise du mouvement de la Vie cosmologique du monde, dans le détachement des besoins utilitaires), qu’Hiram de Tyr restitue à l’aube des jours suivants comme références conceptuelles réactualisées nécessaires à de nouvelles interprétations spéculatives humaines, qui seront à leur tour subordonnées à l’attente de nouvelles confirmations divines.

Debout, noblement couronné, tourné vers le jour naissant, il tient fermement le sceptre (l’axe) des trois mondes avec le bras gauche, et pointe horizontalement l’avant-bras droit prolongé de l’index de la main droite, en directions d’Hiram Abi.

Hiram de Tyr a la charge Royale de stabiliser en des formes matérielles significatives, les perceptions acquises lors des travaux du jour (« de prolonger la lumière du jour ») et de les restituer comme références symboliques nécessaires permettant à Hiram Abi, d’élucider les événements cosmologiques des jours suivants.

Ainsi, alors que les travaux du jour « élucident » les perceptions concrètes (reconnues en leurs formes matérielles) que les hommes ont de la vie du monde ; les travaux de la nuit, intègrent ces formes en une perception cohérence du monde qui donne un sens global à la vie et qui par conséquent, permet les adaptations de pratiques et les jugements de morale spirituelle.

C’est pour cela que la nuit a toujours été perçue par les hommes comme la porte des songes prémonitoires, des craintes fantomatiques et des révélations divines, lesquelles interviennent comme autant de vérités, profondes et subtiles, en un mot, spirituelles, inscrites dans la matière que les décohérences psychiques de la nuit, les lâchers-prises nocturnes, parviennent à dégager des pétrifications matérielles >en lesquelles se montrent les réalités diurnes.

- Au Midi cosmologique, en vis-à-vis de l’arc semi circulaire du parcours du soleil dont les deux Rois ci-dessus, figurent les extrémités diamétralement opposées, intervient le troisième élément, de la perception humaine. Ce troisième élément, se nomme Hiram Abi (Hiram le fils, « Hiram, mon fils » nous dirait Hiram de Tyr, plus précisément, "celui dont Hiram est le père") Il est l’élément conciliateur des deux perceptions royales du monde

Il est l’Homme élevé en devenir (fils) qui, participant de la spiritualité de l’un et de la manifestation symbolique des formes de l’autre (fils d'une veuve d'Israël et d'un fondeur de métaux de Tyr), procède à l’intégration du jour et de la nuit, du ciel et de la terre, du manifesté et du non encore manifesté.

Observateur extérieur au mouvement cosmologique des apparitions des événements de la Vie, il coordonne en sa conscience distanciée, non seulement les manifestations nouvelles des événements de la Vie du monde qui naissent à l’Orient du Jour, mais aussi la vision conceptuelle (symbolique) du monde nocturne que projette sur la terre la Nuit de Occident. (Soleil et Lune)

Vieillard vouté et pèlerin boiteux, redressé sur un bâton du côté droit, Hiram Abi désigne avec l’index de la main gauche (réceptivité), le Midi en lequel se conjoignent à égalité les deux extrêmes de la manifestation divine sur terre.

Il prend appui sur l’outil symbolique de la règle redressée vers l’esprit (le bâton)

Ce bâton, parce qu’il est redressé, ne mesure plus en vain l’horizontalité labyrinthique du monde terrestre (les savoirs émiettés, l’érudition, les réalisations techniques à visées purement utilitaires et locales), il est gnomon : il sert à matérialiser l’ombre portée de la marche du soleil et à mesurer ainsi, l’évolution des parts d’ombre (de spiritualité) et de lumière (matérialité) qui confronte sa perception intérieure du monde à la réalité manifestée. Le bâton symbolise donc ici, à l’évidence, le travail de spiritualisation (d’élévation) de la matière sur lequel l’homme doit s’appuyer pour pouvoir s’harmoniser avec l’Ordre cosmologique du Monde. Il signifie que chuté, coupé des adaptations spontanées qui caractérisent les autres êtres « Vivants », l’homme doit travailler, pour retrouver le lien avec la spiritualité du monde.(Il doit manifester sa perception de l'Esprit : morale, sans tomber pour autant dans la rigidité matérielle : dogmatisme) Il doit se faire artiste pour inscrire le monde dans sa sacralité religieuse. Il doit se faire Roi, autrement dit " homme spirituel ". Il doit dépasser la rigidité de la loi pour accéder à la dimension spirituelle originelle du Monde cosmologique qui est celle de l'Esprit.

Hiram Abi, en sa position décalée au Sud de la manifestation cosmologique du Monde, sur terre (Est/Ouest), assiste à l’affrontement des tensions extrêmes de la manifestation du monde.

En son intériorité perceptive, il voit le jour effacer la nuit, et il voit le réel manifesté, supplanter le conceptuel non manifesté (la vision du monde que porte tous les hommes dans leur intériorité et qu’ils projettent sur le monde).

Il voit ainsi le réel s’imposer en confirmation ou en contestation des croyances conceptuelles des hommes.

Traduction initiatique

En langage maçonnique, la Grande Loge cosmologique proclame que tout initié est « Hiram Abi » en devenir. Un « Hiram fils des Rois de la Terre » (l'un fils de l’Homme et l'autre fils de Dieu), intercesseur et conciliateur des extrémités matérielles et spirituelles de la manifestation divine, telle que les hommes la perçoivent sur terre.

Elle révèle également à l’initié que « sa personne », autrement dit la conscience qu’il a de lui-même, n’est autre que le point central de confluence en lequel se fixent les formes humainement perçues dans le monde de sa vie diurne, qu’il interprète en conjuguant les expressions spirituelles initiales et les réalités matérielles finales, de la Vie d’En-haut manifestée sur terre.

Elle montre à la fois la modestie laborieuse et la possibilité pour l’homme de réintégrer la dimension royale de perception des manifestations originellement spirituelles du Monde cosmologique.

L’exclusion du monde des « Vivants »

Le besoin qu’éprouve l’homme de retrouver un lien d’harmonisation avec la dimension spirituelle du monde cosmologique signifie obligatoirement que cette dimension fut jadis connue par lui, mais qu’elle ne l’est plus. Il signifie que l’homme a été exclu du monde « des Vivants » en lequel l’adaptation à la spiritualité cosmologique s’exprime spontanément.

Qu’est-ce que le monde des « vivants »

« Les Vivants » sont les êtres qui perçoivent et reconnaissent sensoriellement les objets et les événements de la vie cosmologique du monde manifesté à partir des caractéristiques matérielles qui définissent ces événements comme des choses reconnues et utilement répertoriées (En fait, les Idées au sens platonicien, qui de fait sont des expressions symboliques)

Ces perceptions interviennent eu égard aux adaptations que les événements de la vie cosmologique imposent (ces événements sont en effet des événements perturbateurs nécessitant une prise en compte et une intégration) sachant que « les vivants » à la différence des hommes spirituels, n’ont pas d’interrogation sur le sens de la Vie, et donc ne se préoccupent pas de la dimension spirituelle originelle de la vie cosmologique (« Le petit chien de M. Bergeret ne regardait jamais le bleu du ciel incomestible. » A. France, Monsieur Bergeret à Paris)

De ce fait les « Vivants » ne voient dans les manifestations de la vie cosmologique sur terre que leurs caractéristiques matérielles (forme, consistance) et leurs inters liaisons utilitaires (les essences).

Ils ne perçoivent que les déterminations logiques et immédiates, (distinguées en oppositions binaires), à visées utilitaires, qui les concernent. (blanc ou noir, chaud ou froid, ami ou ennemi, dur et souple, fixe ou mobile, terre ou ciel, esprit ou matière, plaisir ou souffrance, etc.)

Ils sont des êtres logiques, purement et instinctivement rattachés à la rationalité des « lois de la nature » et inscrits dans l’automaticité de ces lois.

Ils sont par nature, des êtres ultra spécialisés et ultra performants, de par l’adéquation spontanée de leurs actes au réel au sein des niches de vie terrestre en lesquelles ils sont établis.

Dotés d’une relative autonomie d’adaptation par rapport à la vie cosmologique du Monde, ils n’utilisent cette autonomie qu’en référence aux comportements instinctifs d’adaptation, caractéristiques de leur espèce (errance instinctive).

Ils participent ainsi, en toute spontanéité et en toute innocence, à l’expression juste, forte et magnifique (spirituelle donc) de la vie cosmologique sur terre. (On parle ici, des merveilles de la Nature)

La catégorie « des Vivants » comprend essentiellement les végétaux et les animaux, mais elle concerne aussi les hommes (du sixième jour de la Genèse - Genèse 1,27) en ce qu’ils sont d’abord, des créatures polymorphes de la vie cosmologique, capables d’adopter les caractéristiques des autres espèces animales avec, au surplus, la volonté instinctive particulière (au sens de détermination ontologique, métaphysique ou divine), d’interroger la dimension spirituelle, c’est-à-dire le sens propre de la Vie cosmologique du Monde.

C’est au demeurant, parce qu’il interroge la dimension spirituelle (le Pourquoi ? au-delà du Comment ?) du monde que l’homme, n’est plus « un Vivant » comme les autres. L’errance, chez lui, n’est plus adaptative. Il n’est plus spontanément en phase avec l’ordre terrestre de la Vie cosmologique, d’où l’obligation pour lui désormais, de travailler consciemment à devenir un « Être spirituel.

La situation « des Vivants » sur terre est noble en soi, puisqu’elle épouse en toute innocence les mouvements de la Vie cosmologique. Contribuant spontanément à la beauté de la nature, les vivants disposent pourrait-on dire, d’une « spiritualité terrestre naturelle »* autrement dit participent de la sainteté originelle de la Création spirituelle, ou encore, exprimé en Franc-maçonnerie, de la sainteté originelle de la Pierre brute.

*D’où la symbolique des quatre (ou six) ailes dont les quatre Vivants, y compris l’homme originel (ou adamique), sont pourvus, alors que les anges, porteurs de l’Esprit sur terre, n’en ont que deux.

Pour cette raison, la Bible (et toutes les religions antiques) glorifie « les Vivants » ; qu’il s’agisse des « quatre vivants » de la vision d’Ézéchiel (Ez 1, 5), placés au pied du trône de la gloire de Dieu (Le Tétramorphe), ou qu’il s’agisse de l’Apocalypse de Jean (Apoc 4; 7-8), où ils soutiennent dans la vision de Jean, le trône céleste de Dieu, avec cette particularité remarquable que parmi eux, en sus du Lion au Nord, (cœur et passions de l’homme), du jeune Taureau à l’Ouest, (corps et forces de l'homme), et de l’Aigle en plein vol au Sud, (symbole de l'âme de l’homme), le quatrième vivant à l’Est, (symbole de l'esprit, et des pensées de l’homme) possède un Visage d’homme.

N.B. : « Les Vivants » de l’Apocalypse ne cessent de répéter jour et nuit (Apoc 4; 7-8) : « Saint, Saint, Saint, Seigneur, Dieu Maître de Tout, qui était qui est et qui vient. », car ils participent spontanément par leurs actes, à la Vie de la Création qui n’est autre que l’expression glorieuse (ou spiritualité) du Verbe de Dieu.

L’Homme cosmologique

Élevé au-dessus des autres vivants, l’Homme cosmologique dispose d’un point de vue particulier qui lui permet, au-delà de la matérialité manifestée du monde en laquelle« les Vivants » inscrivent en toute innocence leur vitalité propre (pavé mosaïque), de rétablir la spiritualité du monde à laquelle, à la différence des autres « Vivants », il n’est plus rattaché spontanément.

La perte de l’innocence

En effet, bien qu’inscrit initialement dans l’innocence du mouvement de la vie cosmologique sur terre (La vie du Paradis terrestre), l’homme s’est mis à utiliser son imagination et sa pensée « de Vivant » pour son compte personnel et non plus seulement pour le service de la vie cosmologique, c’est-à-dire, pour le service de Dieu. On voit ici en quoi Salomon figure l’archétype de l’homme réconcilié avec la spiritualité originelle du monde.

En fait, doté d’un esprit et d’une capacité de penser, d’une faculté de conceptualiser et de mémoriser les événements du monde, il se devait fatalement d’interroger le sens de sa propre présence dans la vie du monde.

Il s’est mis alors à rechercher le sens de sa propre vie au sein de la Vie cosmologique du monde, et en faisant cela il a mis à distance la vie du Monde.

Il a fait de la Vie du Monde, un objet d’observation.

En mettant en interrogation transcendantale, sa propre présence dans le monde, il s’est écarté, comme sujet observateur, du mouvement de la Vie cosmologique. Comment observer en effet le mouvement de la Vie, sinon en le fixant comme objet d’observation, à distance, dans le regard instrumental d’une conscience transcendantale ?

En faisant cela il a perdu son innocence de « Vivant » Il a détruit ses totems (ses animaux mythiques) et violé les tabous de l’Ordre du Monde auquel il participait jusqu’alors. La sève de l’Arbre de Vie situé au Centre cosmologique du Monde, a cessé de nourrir sa participation à la Vie.

Il est devenu un observateur détaché, spéculatif et hasardeux qui, n’ayant plus de repères instinctifs, est contraint d’interroger sans cesse sa place dans le monde de ses représentations symboliques pour essayer de sortir de l’errance.

Il est devenu celui qui, faute d’instinct est contraint de spéculer sur l’avenir et d’attendre que les événements de la Vie cosmologique, lui apportent confirmation ou dénégation du bien-fondé ou du mal-fondé, de ses choix.

Il est devenu errant, tâtonnant, faillible et donc inquiet. Devenu sensible à l’avenir, la possibilité de sa mort et donc de sa finitude lui est apparue.

Il est devenu aveugle et en même temps responsable de ses choix, ce qui fait de lui un être schizophrène, qui se découvre pêcheur devant l’Éternel.

En perdant l’innocence spirituelle première, dont il jouissait comme « Vivant », l’homme a chuté dans une errance inquiète au sein d’un monde de pure horizontalité labyrinthique.

*Bibliquement : Il est devenu l’Adam déchu qui a mangé du fruit de l’arbre de la science du « bonheur et du malheur » (Genèse 2,9) à qui Dieu demande désormais « Où es-tu ? » (Genèse 3,9) Il est Caïn qui a tué Abel ou encore Jacob qui se sentant coupable d’avoir spolié Ésaü de son droit d’ainesse (violé l’Ordre du monde), reçoit de Dieu, pour son salut, « le songe de l’échelle de Jacob » et la possibilité de se réconcilier avec la spiritualité du Monde « en combattant avec l’Ange de Dieu ».

La recherche de la dimension spirituelle de la vie

Élevé au-dessus de la matérialité terrestre, le personnage qui apparaît dans la Grande Loge cosmologique du Rite de Style Émulation, au Midi, en décalé, face aux représentations extrêmes de la manifestation des événements de la vie cosmologique sur terre (que sont les Rois, Salomon et Hiram de Tyr), se nomme, on l’a dit, Hiram Abi.

On a vu que le Roi Salomon, est à l’Est, le gardien de l’Esprit manifesté dans la fluidité matérielle et temporelle insaisissable de l’Esprit ; qu’il garde la porte de l’Orient d’où surgissent dans nos vies les réalités vivantes du jour, autrement dit, les apparitions nouvelles, explicites et incontestables, des événements de la Vie cosmologique ; qu’il participe de l’indétermination originelle des événements du Monde, laissant « aux Vivants » le soin de les épouser selon la dimension de spiritualité à laquelle ils accèdent.

N.B.1 : L’épisode bien connu du Roi, Salomon jugeant deux femmes qui revendiquaient chacune la maternité d’un enfant, est de ce point de vue, particulièrement significatif. En ordonnant que l’enfant objet du litige soit tranché en deux, il a fait appel, en toute justice divine, à la spiritualité de l’instinct maternel, caché en la mère véritable et présent uniquement en elle.

N.B.2 : Au sens quantique, une indétermination caractérise une potentialité de manifestations multiples ou alternatives que l’observation de l’homme va trancher (va faire sortir de son état d’indétermination) dans le sens des objectifs qu’il cherche à satisfaire (L’observateur ne saurait percevoir en fait que les déterminations qu’il recherche, l’appareil d’observation étant lui-même conçu dans la même perspective)

De la même façon, l’Esprit (de la manifestation cosmologique) en venant dans la Lumière du Monde d’En-Bas (dans la lumière solaire des heures du jour), porte une indétermination que l’observation des hommes va extraire de son ambiguïté matérielle, par observation objective.

Aussi est-ce, par la porte de l’Orient cosmologique que surgissent, aux matins des jours, les manifestations latitudinaires du Monde d’En-Haut en leurs expressions spirituelles originelles et en leurs potentialités de satisfaction ou de déception humaine (Jugements)

On a vu que le Roi Hiram de Tyr, est à l’Occident, à la fois le gardien de la porte de la matérialisation du monde dans la vision des hommes à la fin du jour, et aussi celui qui rapporte la vision humaine du monde conceptualisé au petit matin. Il caractérise la présence implicite du monde conceptuellement reconstitué, tel que tout homme l’élabore en lui-même afin d’organiser une perception cohérente des événements de la Vie cosmologique au petit matin (à l'ouverture de sa conscience perceptive).

N.B. : Ce monde conceptuel est le fond référentiel, fait d’expériences accumulées et d’intégrations antérieures de vie personnelle, auquel, les réalités nouvelles et explicites du jour viennent se confronter au matin.

La confrontation

L’observation de la course solaire par Hiram Abi. La quadrature du cercle

Point d’interaction des manifestations explicites de la lumière (Orient) et implicites de l’ombre conceptuelle portée (Occident), le soleil inscrit en continu, tout au long du jour, le sommet d’un triangle rectangle dans le demi-cercle supérieur de l’orbe solaire.

Ce triangle inscrit dans le demi-cercle, est rectangle, quelle que soit la position du soleil dans sa course ? Seuls ses côtés adjacents évoluent dans des dimensions inversement variable, au fur et à mesure que le soleil se déplace vers l’Occident.

Ce sont les variations des côtés adjacents qui expriment les influences complémentaires des extrêmes opposés de la manifestation diurne terrestre. Le côté droit partant de l’Orient, exprime l’extension triomphante de la Manifestation du jour sur l’horizontalité du monde terrestre. Le côté gauche partant de l’Occident, exprime la récession correspondante de la projection conceptuelle nocturne du monde qui régnait au matin sur cette horizontalité.

Ainsi, Hiram Abi, l’homme élevé en devenir, observateur détaché de la manifestation cosmologique de la vie sur terre, assiste en témoin, à l’interpénétration réciproque des formes spirituelles et matérielles de la Manifestation dans le monde terrestre.

Il voit progressivement la manifestation conceptuelle du monde laisser place progressivement à la manifestation du jour. Puis, après être passé par le partage à égalité de l’ombre et de la lumière au temps de l’équilibre de Midi, il voit la réalité nouvelle du Monde cosmologique venir occuper en totalité l’espace de la perception humaine, au point de faire disparaître, à la fin du jour, les traces des projections conceptuelles du monde de la nuit.

La danse de l’homme avec l’Ange de Dieu ou la restitution de la dimension spirituelle

L’expression spirituelle de la vision du monde par l’homme passe par l’affrontement de la réalité cosmologique diurne (divine) et de la perception conceptuelle nocturne (humaine), du Monde.

Tout commence avec l’Esprit qui apporte la Manifestation cosmologique du Monde sur terre : Sans la présence de l’Esprit, rien n’apparaitrait dans le monde.

Les conceptualisations matérielles d’Hiram de Tyr (de l’humanité relevée), apportent pour leur part, le fond référentiel humain (l’ombre portée), auquel l’homme se réfère pour interpréter les manifestations spirituelles : Sans les conceptualisations (de type symbolique) d’Hiram de Tyr, l’homme ne pourrait jamais appréhender de manière sensée, les événements que manifeste la lumière.

Chaque jour, à chaque instant, les réalités nouvelles des productions célestes (transcendantales) affirment leur présence (et donc leur jugement) aux conceptions des hommes.

Chaque nuit, en revisitant les réalités formellement établies à la fin du jour (toute l’ombre conceptuelle nécessaire à leur reconnaissance ayant disparu), l’homme au repos, s’attache à redonner aux réalités perçues matériellement, leur sens spirituel, en les inscrivant dans un récit symbolique reconstitutif de l’image du Monde.

Ainsi, toutes les nuits, le subconscient inquiet de l’homme, tel Jacob au passage du gué de Yabbok, lutte avec l’Ange de Dieu (surconscient divin). Et même si à la fin il demeure boiteux, même s’il ne parvient pas à saisir directement la pure spiritualité manifestée du Monde cosmologique (le Nom de Dieu est imprononçable), « il en voit la face » en luttant avec lui. Il est alors Israël, l’intercesseur de Dieu dont il a vu la face (un aspect visible et exprimable) ; le producteur des formes symboliques qui expriment les dimensions spirituelles du monde inscrites dans le manifesté. (Il donne aux objets, la force, la forme et le sens, spirituels dont ils sont intrinsèquement porteurs de par leur origine transcendantale divine)

N.B. : Dans la mythologie grecque, chaque jour l’Aigle de la totale lucidité mange le foie, que Sisyphe, le voleur du feu divin, enchaîné à son rocher, régénère chaque nuit. Il en sera ainsi jusqu’à ce que le héros, (l’homme-Dieu) initiateur, Héraclès, vienne le délivrer. L’erreur de Sisyphe fut en effet d’apporter l’utilisation du feu aux hommes, sans qu’il sache en maîtriser la spiritualité intime. Il était dès lors condamné à mésuser de l’énergie spirituelle du feu et son châtiment était implicitement inscrit dans son erreur ((Justice divine) : l’énergie spirituelle présente dans le feu ne pouvait se manifester, l’Aigle empêchant l’homme Sisyphe de devenir Aigle lui-même. Seule l’initiation, exprimée dans le mythe, par l’intervention d’Héraclès, délivrera Sisyphe de son enfermement infrahumain. (A noter que le châtiment associé à la violation du serment maçonnique relève du même mécanisme. Jurer sur la Bible signifie, jurer selon l'Esprit et non pas selon la Loi, et violer le serment du Degré initiatique, signifie se couper de la dimension spirituelle de l'enseignement initiatique et par là même rester ou retomber à l'état profane)

Par la conjonction de la conceptualisation symbolique et de la concrétisation matérielle de l’Esprit manifesté sur l’axe de la manifestation diurne du monde cosmologique, les formes énigmatiques de la manifestation spirituelle du Monde d’En-Haut prennent sens pour nourrir intérieurement, en l’observateur élevé (Hiram Abi), une vision reconstituée du Monde cosmologique par laquelle il lui devient possible d’intégrer d’un point de vue utilitaire (réactions fonctionnelles terrestres immédiates) et surtout d’un point de vue sensérong> (allégeance morale à l’Ordre cosmologique) les nouveaux événements du Monde que celui-ci adresse en permanence.

Le symbolisme ou l’union de l’Esprit et de la Forme

L’outil avec lequel l’homme réintègre la dimension spirituelle du monde est le symbolisme qui est l’art de redonner aux formes concrètes perçues dans la binarité formelle des sens physiques, une signification anagogique, autrement dit, de signifier l’esprit qui s’y trouve contenu. L'image serait ici celle de l'intégration d'un élément matériel dans une mosaïque, un vitrail, un puzzle. S'il convient, il s'intègre (fait corps), il complète (fait sens), il dynamise (fait vie). S'il ne convient pas, il oblige à réorganiser la perception globale de la mosaïque.

En cela l’Homme initié est le Paraclet, le transcripteur de la spiritualité de la manifestation divine dans un langage symbolique perceptible par les hommes.

Le plan royal de l’initié

Morale de vie

Le plan de l’initié dépasse le plan terrestre, sans l’abolir pour autant car il l’incorpore.

C’est sur ce plan que l’Homme élevé en devenir, Hiram Abi, donne sens, substance, vibration, chair, esprit, à la vie que vivent les hommes.

Il est le plan d’élévation (entre terre et ciel) en lequel l’homme, au-delà de l’errance de la perception matérielle de la vie qui est celle de l’homme déchu des perceptions vivantes du monde cosmologique, restitue le sens spirituel originellement inscrit dans la manifestation du monde d’En-Haut.

Ce plan est moral puisque ce sont les réponses que l’homme donne par ses actes aux interrogations sur le sens du monde manifesté et les ajustements spirituels qu’il donne à sa vie, qui sont soumis au jugement de Dieu.

Ce plan est le plan royal d’une l’humanité redevenue souverainement spirituelle sous le regard de Dieu.

L’Art Royal

Comme on le voit, en exprimant une vision cosmologique en laquelle le Dieu chrétien manifesté fait irruption dans l’espace culturel grec, la Grande Loge cosmologique explicite le cycle de la manifestation de la Vie sur terre.

Elle montre la descente des événements transcendantaux dans le monde d’En-Bas, et les perceptions qu’en ont les hommes lorsqu’ils intègrent ces événements dans le vécu de leur existence à raison de la vision spirituelle reconstituée du monde dont ils sont capables.

Elle montre combien l’homme conscient du caractère hypothétique de ses perceptions cosmologiques du monde est toujours dans l’attente confirmative des interprétations qu’il en fait.

Conscient de cette faiblesse spécifique, l’homme initié constate que c’est en intégrant de manière sensée, les évènements nouveaux du monde cosmologique, dans une vision cohérente du Monde, autrement dit en extrayant les réalités spirituelles d’En-Haut, présentes dans l’opacité des essences et des substances perçues par l’homme dans le monde d’En-Bas, qu’il peut adapter sa vie personnelle, avec le mouvement toujours renouvelé et jamais assuré d’avance, de la Vie du Monde total.

Il comprend que c’est en éclairant la cohérence secrètement inscrite sous la matérialité du monde qu’il pourra dépasser les craintes (et donc les obsessions sécuritaires qui parasitent sa vie, et qui l’empêchent de mettre cette dernière au service de la Vie du monde), dans l’attente confiante désormais, des décrets irrécusables de l’advenir divin. (Dans l’Alliance avec Dieu)

Mais il faut préciser, car la compréhension de la démarche initiatique en dépend, que se défaire de l’inquiétude de l’advenir du monde, ne signifie pas, écarter conceptuellement l’incertitude qui s’attache aux interventions de la Vie du Monde d’En-Haut dans le Monde d’En-Bas.

L’incertitude reste et restera à jamais, la règle. Il en va de la liberté de l’homme.

Il ne s’agit pas dès lors, comme le font les hommes non-initiés, de se réfugier dans des conceptualisations laudatives bâties autour d’un monde fermé (dogmatique), mais d’inventer chaque jour un monde nouveau conformément à la totale liberté de l’Esprit de Dieu.

RAMINAGROBIS

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